Guide verdir

Verdir une ruelle est un projet d’envergure qui nécessite une bonne préparation. Voici huit étapes simples pour mener à bien votre entreprise.

(Voir aussi : Guide d’aménagement d’une ruelle verte du Plateau-Mont-Royal)

Étape 1 : Passer le mot

Faites connaître votre idée de verdissement au plus grand nombre de personnes possible. Parlez de votre projet à vos voisins, aux commerçants du secteur, aux organismes communautaires et aux institutions. Vous pourrez ainsi recueillir plusieurs informations qui vous seront très utiles à chacune des phases des travaux. Cette étape vous permettra également de découvrir des ressources insoupçonnées dans votre entourage : des talents cachés, des contacts pratiques ou des commanditaires potentiels. Formez ensuite un comité de cinq ou six personnes prêtes à s’investir à toutes les étapes de la réalisation du projet. Le premier mandat de ce comité sera d’évaluer, de façon réaliste, les possibilités de verdissement de la ruelle.

Répondre aux objections :

Le verdissement d’une ruelle peut susciter des craintes chez certains résidants. Afin de prévenir des problèmes ultérieurs, il est utile de répondre le plus clairement possible aux inquiétudes de tous les résidants riverains dès qu’elles sont exprimées.

Certains citoyens croient souvent que le verdissement se limite à la plantation de fleurs annuelles. Ils sont alors surpris de constater l’ampleur des travaux et la profondeur des zones excavées. Il est souhaitable d’informer l’ensemble des résidants par une lettre formelle qui sera prise au sérieux. Ainsi, les opposants au projet se manifesteront tôt dans le processus.

Le verdissement nuit à la circulation automobile.

L’automobile est le principal motif d’opposition aux projets de verdissement d’une ruelle. Le manque de stationnement est devenu un problème dans plusieurs quartiers résidentiels et un grand nombre de résidants utilise les cours arrière pour stationner leur véhicule. Le verdissement n’est pas incompatible avec la circulation automobile. Pour la sécurité et le confort de tous les usagers de la ruelle, les plates-bandes doivent être conçues de manière à laisser libre un espace suffisant pour les automobiles. L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal exige qu’une largeur de 4.87 mètres (16 pieds) soit dégagée pour la circulation. La présence des végétaux a bien sûr un effet d’apaisement sur la circulation ce qui diminue les risques d’accidents pour tous les usagers. Cependant, il faut prévoir que la circulation automobile sera restreinte pendant toute la durée des travaux. À certains endroits, des protections devront être installées en permanence pour protéger les plantations des dommages causés par la circulation.

Une ruelle verte devient rapidement malpropre.

Généralement, les plates-bandes bien entretenues ont un effet dissuasif sur les citoyens qui font des dépôts sauvages de détritus dans la ruelle. Dans un projet de verdissement, tous les résidants intéressés sont invités à adopter une plate-bande. Cette réappropriation de l’espace public encourage la poursuite de l’implication dans la ruelle. Il arrive que certaines ruelles soient laissées à l’abandon suite à des déménagements ou au vieillissement des résidants. C’est un risque dont il faut tenir compte. Avec l’implication de nouveaux résidants, il est toujours possible de reprendre le contrôle des plates-bandes et de redonner, à une ruelle verte délaissée, sa beauté initiale.

Un aspect incontournable du verdissement d’une ruelle est l’augmentation de la présence de feuilles mortes, de samares et de pollen. Mais cet inconvénient est largement compensé par tous les effets bénéfiques du couvert végétal. Une corvée annuelle de nettoyage, organisée chaque printemps, est suffisante pour que la ruelle reste propre.

Une ruelle verte est dangereuse.

Le couvert végétal a généralement un effet bénéfique sur le sentiment de sécurité des résidants. La présence et l’implication visible des résidants dans la ruelle pourraient décourager certaines formes de criminalité. Il y a généralement peu de vandalisme dans les ruelles vertes et les graffitis y sont moins nombreux. La sécurité est un facteur important qui sera considéré dans le choix des végétaux (taille des végétaux à maturité et distance entre les plantations et les fils aériens, absence de végétaux épineux, toxiques ou allergènes).

En ralentissant la circulation automobile, les plantations ont un impact très positif sur la sécurité des résidants, particulièrement celles des enfants qui utilisent la ruelle comme un espace de jeu.

Les racines des arbres endommagent les bâtiments.

Les racines des arbres sont souvent accusées d’assécher les sols argileux et d’être la cause de l’affaissement du sol et des lézardes qui apparaissent dans les fondations. Bien que les racines puisent dans le sol l’eau dont l’arbre a besoin, plusieurs facteurs ont un impact plus grand sur l’assèchement du sol. Le nivellement du sol, les surfaces pavées imperméables et les systèmes de drainage sont habituellement conçus de manière à éloigner l’eau des constructions. Ce qui peut provoquer, à plus ou moins long terme, un affaissement des sols.

Les racines d’un arbre, si grosses soient-elles, ne peuvent perforer ou fissurer une fondation en béton, ni même la faire bouger. Une racine ne peut s’installer que dans une fissure déjà existante, de façon opportuniste, mais elle ne peut l’agrandir par elle-même. La presque totalité des racines d’un arbre se trouve dans le premier mètre du sol et elles ne possèdent pas de « senseurs » leur permettant de détecter la présence d’eau. Face à un obstacle (béton, asphalte, pierre concassée), elles réagissent en se dirigeant dans une autre direction plus propice à la survie de l’arbre.

Les racines occupent tout l’espace souterrain qui leur offre des conditions de croissance intéressantes, c’est-à-dire, par ordre d’importance, de l’air, de l’eau et des éléments minéraux. La plus grande partie des racines d’un arbre se développent toutes près de la surface. Dans un milieu saturé en eau ou trop compact, les racines cessent leur développement. La plupart des cas de soulèvement de dalles de trottoirs piétonniers ne sont pas causés par la présence de racines, mais plutôt par l’action du gel et du dégel et par des fondations inadéquates.

Les plantes grimpantes augmentent l’humidité près des bâtiments.

Contrairement à la croyance populaire, la présence d’une plante grimpante n’augmente pas le taux d’humidité près des murs. Au contraire, la plante absorbe une partie de l’humidité de l’air et le feuillage protège le parement de la pluie. Un mur couvert de feuillage est donc plus sec. Et comme il est protégé des rayons UV, la durée de vie du parement est augmentée.

Les plantes grimpantes abîment les murs.

Les racines des plantes grimpantes ne peuvent percer ou fissurer un mur. Le mur est un milieu sec, les racines n’ont aucun intérêt à explorer ce milieu. Elles peuvent cependant s’installer dans des fissures existantes pour soutenir la plante. Le mur porteur doit donc être en parfait état. Une inspection visuelle doit être faite annuellement afin de déceler des problèmes éventuels. Une taille peut être nécessaire pour contrôler la croissance des grimpantes à grand développement. Il faut également s’assurer que le support est suffisamment solide pour soutenir leur poids. Finalement, certaines grimpantes (la vigne vierge par exemple) s’accrochent aux murs à l’aide de ventouses. Ces ventouses n’abîment pas le mur, mais elles resteront en place si la plante est retirée. Elles sont alors difficiles à faire disparaître.

(à suivre…)

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12 réflexions sur “Guide verdir

  1. C’est le principe qui a été utilisé pour l’édifice de Vivre en ville, un organisme de Québec qui occupe un bâtiment historique : http://www.vivreenville.org/

    Sur un grillage posé à 10 cm du mur, la vigne vierge n’a pas d’intérêt à se développer en allant vers le mur.

    • Salut Pierre-Yves,

      Pour en revenir aux vignes grimpantes sur un mur de briques, un inspecteur en bâtiment et un technicien en architecture nous ont conseillé de les éliminer car elles tirent l’humidité du mortier qui s’assèche et s’éfrite, tellement qu’il faudra rejointer. Esthétiquement, j’aime la verdure que ça procure, mais si ça endommage le mur, je devrai me résigner à les couper. Peux-tu m’éclairer?

      La solution du treilli de métal est intéressante, mais sur un grand mur, ça doit être assez coûteux. As-tu des noms d’entreprises qui pose ce type de structure?

      Merci de tes conseils

      Luc

      • moi je connais EnviroZone qui installe des câbles en inox, c’est super beau en plus.

  2. Bonjour Pierre-Yves,

    J’entame actuellement les démarches auprès de mon voisinage pour vérifier s’il y a de l’intérêt pour le projet de ruelle verte et je voulais simplement savoir si tu m’autorisais à citer quelques extraits de ton blogue dans la lettre que je leur remettrai. J’indiquerai bien entendu l’adresse de ton blogue dans mes références finales.

    J’attends de tes nouvelles!
    Merci beaucoup!
    Bianka

    J’attends de tes nouvelles!

  3. Bonjour à tous et à toutes!
    Pardon de rouvrir une discussion qui date un peu mais je souhaite profiter de votre expérience en la matière…
    Je vis en immeuble collectif et souhaite faire pousser une plante grimpante sur le mur latéral de ma terrasse (mur qui sépare ma terrasse de l’appartement d’à côté).
    Je souhaiterais donc savoir quelles plantes abîment le moins les murs. Dans un but esthétique également, au cas où la plante mourrait un jour, quelles sont celles qui laissent le moins de trace derrière elles?
    Voilà, j’espère que vous pourrez m’apporter quelques conseils et vous en remercie d’avance cordialement!
    Jean-Luc

    • La façon dont une plante grimpante s’accroche aux murs détermine les traces qu’elles risquent de laisser. Les plantes qui grimpent à l’aide de ventouses : vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) et lierre de Boston (Parthenocissus tricuspidata) laisseront des ventouses très difficiles à enlever, même après leur disparition.

      Les plantes qui grimpent à l’aide de vrilles, de tiges volubiles, de pétioles volubiles ne laisseront pas de traces. Mais elles ont besoin d’un support pour grimper : treillis, grillage, filet, fil de fer. En supportant la plante, ces installations réduisent le risque que le poids de la plante n’abîme le mur.

      Julie Boudreau a écrit un excellent guide sur les plantes grimpantes. Vous pouvez également consulter le Carnet horticole du Jardin botanique de Montréal.

      • Bonjour!

        Merci, Pierre-Yves pour votre réponse qui m’éclaire beaucoup. Je vais donc choisir une plante qui s’accroche sans ventouses et la faire grimper sur un treillis!

        La page du Carnet horticole dont vous m’avez donné le lien est très utile, grâce à vous j’ai des informations et découvert un nouveau site passionnant!

        Je vais me renseigner maintenant pour savoir quelles espèces s’acclimatent dans le sud de la France – et oui, c’est de la vieille Europe que je vous écris!🙂

        Encore merci à vous!

  4. Vraiment super cet article ! Ça me donne une bonne référence à donner à mes voisins qui auront des objections !
    et les autres étapes ??😉

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