L’agrile du frêne

Les froids sibériens que nous avons connus au Québec cet hiver pourraient avoir un impact positif en réduisant la survie des ravageurs exotique tels que l’agrile du frêne. Originaire de l’Asie, ce minuscule coléoptère met en péril les frênes de la ville de Montréal et de tout le sud du Québec. L’agrile du frêne s’attaque à toutes les espèces de frêne et peut tuer un arbre sain en 3 ou 4 ans. Selon des chercheurs de l’USDA Forest Service, des températures de -34 °C ou moins pourraient détruire jusqu’à 90 % des larves. L’hiver que nous connaissons pourrait donc ralentir la progression de l’agrile du frêne, sans toutefois l’arrêter. Il faudra donc garder ce ravageur à l’œil en 2014.

Agrilus planipennis

Agrilus planipennis, Pennsylvania Department of Conservation and Natural Resources – Forestry Archive, Bugwood.org

L’agrile du frêne (Agrilus planipennis) est un coléoptère au corps étroit, d’un vert métallique. Il mesure entre 8 et 13 mm. Ses yeux proéminents sont noirs ou bronze. Cet insecte exotique ne représente aucun danger pour l’être humain. Mais il constitue une menace sérieuse pour les 45 000 frênes de Montréal, qui peuvent représenter, dans certains arrondissements, jusqu’à 30 % des arbres de rues. Ce ravageur aurait été introduit accidentellement en Amérique du Nord, dans les années 90. Comme il n’a ici aucun prédateur, il s’est multiplié rapidement. Sa propagation a été accélérée par le déplacement du bois de chauffage. Depuis son introduction, ce ravageur a détruit des millions de frênes aux États-Unis et en Ontario.

  • 2002 : L’agrile du frêne est identifié en Ontario et au Michigan
  • 2011 : La présence de l’agrile du frêne est détectée dans l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve, à proximité du port de Montréal
  • 2013 : Des arbres atteints sont découverts au sud du parc Lafontaine et au nord-est du parc Maisonneuve. Plus d’une centaine d’infestations ont été identifiées sur l’île de Montréal.
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L’état de la situation à Montréal (janvier 2014)

 

En Amérique du Nord, l’agrile du frêne s’attaque à toutes les espèces de frênes. Il ne fait aucun dégât sur les autres essences d’arbre. Le frêne est un arbre facile à reconnaître. Ses feuilles sont opposées l’une à l’autre sur le rameau. Chaque feuille est composée de 5 à 11 folioles de forme régulière. En cas de doute sur l’identification d’un frêne, consultez la clé d’identification sur le site Au cœur de l’arbre.

Cycle de vie

L’adulte pond ses œufs dans les crevasses de l’écorce. Dès leur éclosion, les larves s’introduisent sous l’écorce où elles creusent des galeries dans le cambium, la partie vivante du bois, pour se nourrir. Ces galeries sinueuses finissent par bloquer la circulation de la sève et entraînent la mort des branches. On reconnaît les larves d’agrile à leurs segments abdominaux en forme de cloches. Entre la mi-mai et la fin juillet, les adultes émergent par des trous en forme de « D ».

Signes d’infestation

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Galeries sous l’écorce, Agrilus planipennis, Edward Czerwinski, Ontario Ministry of Natural Resources, Bugwood.org

  • Galeries sous l’écorce en forme de « S »;
  • Trous d’émergence en forme de « D », mesurant de 3,4 à 4 mm;
  • Encoches grugées dans le feuillage.

La présence de l’agrile peut entraîner un jaunissement prématuré du feuillage et l’éclaircissement de la cime, lorsque les branches meurent. Les arbres stressés produisent souvent de nouvelles pousses à leur base, sur leur tronc ou leurs branches. Des fissures de 5 à 15 cm peuvent apparaître sur l’écorce, au-dessus des galeries forées par les larves. Un arbre sain peut dépérir rapidement et mourir en 3 ou 4 ans.

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Trous de sortie, Agrilus planipennis, Daniel Herms, The Ohio State University

Le dépérissement d’un frêne peut avoir de nombreuses autres causes que l’agrile. D’autres ravageurs, la sécheresse et le froid peuvent provoquer des symptômes similaires. Plusieurs espèces d’insectes peuvent également percer des trous en forme de « D ». En cas de doute, consultez un inspecteur de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

Que pouvez-vous faire?

  • Apprenez à reconnaître l’insecte et les signes de sa présence;
  • Si vous décelez des signes d’infestation, notez l’emplacement de l’arbre et les symptômes observés;
  • À Montréal, s’il s’agit d’arbres de rue, avisez votre arrondissement en composant le 311;
  • Communiquez rapidement avec l’Agence canadienne d’inspection des aliments au 1-888-463-6017;
  • Si vous capturez un adulte, conservez-le dans un contenant hermétique au congélateur;
  • Le service des renseignements entomologiques de l’Insectarium de Montréal peut vous aider à identifier un spécimen d’insecte;
  • Ne déplacez jamais le bois de chauffage et les résidus de bois;
  • L’abattage des arbres infestés n’est plus recommandé systématiquement, le transport des débris risquant de propager le problème. Consultez plutôt un inspecteur de l’Agence canadienne d’inspection des aliments qui vous informera des mesures à prendre.

Contrôle écologique de l’agrile du frêne

Des recherches sont toujours en cours pour développer des méthodes de lutte biologique. Des chercheurs ont évalué l’impact de champignons pathogènes et d’insectes parasitoïdes sur les populations d’agrile. Le premier produit a être homologué par l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire pour lutter contre l’agrile du frêne a été le TreeAzin™ un insecticide systémique élaboré à partir d’un extrait des graines du margousier. Ce produit doit être injecté à l’intérieur du tronc. Le TreeAzin™ est dispendieux (environ 200,00 $ par traitement). Le traitement est efficace pendant deux ans. L’utilisation du TreeAzin™ est réservée aux professionnels de l’arboriculture qui doivent d’abord identifier précisément le ravageur.

Deux guêpes parasitoïdes d’origine asiatique ont récemment été homologuées pour le contrôle de l’agrile du frêne. Il s’agit de Tetrastichus planipennisi et Spathius agrili. Seule la première a été introduite dans le sud-ouest de l’Ontario par le Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada. Elle serait la plus efficace sous nos latitudes. Les guêpes Tetrastichus planipennisi sont de petites guêpes mesurant environ 4 mm. Elles déposent leurs œufs dans les larves d’agrile du frêne. Lorsque ces œufs éclosent, les larves de guêpes se nourrissent de la larve d’agrile et l’empêchent de compléter son cycle de vie. Les guêpes parasitoïdes ne piquent pas les êtres humains.

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Tetrastichus planipennisi, David Cappaert, Michigan State University, Bugwood.org

Des blocs de bois de frêne qui contenaient des prépupes de guêpes ont été installés en juin 2013 près de frênes infestés. Des chercheurs évalueront l’impact de ces introductions au fil du temps. Les risques pour les espèces indigènes ont été évalués. Comme Tetrastichus planipennisi est un parasite spécifique de l’agrile. On s’attend à ce qu’elle ne s’attaque qu’aux larves de l’agrile du frêne.

Pour en savoir plus

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