Stress hydrique

Printemps 2010, Environnement Canada enregistre le printemps le plus chaud de son histoire. Celui-ci succède à un hiver particulièrement doux et sec pour la région de Montréal. Ces changements climatiques ont un impact significatif sur les plantes. Désormais confrontées à des températures inhabituelles, elles mettent à profit tous leurs mécanismes de lutte contre la sécheresse.

Eryngium planum 'Sea Holy'

Eryngium 'Sea Holly', un dur à cuire

Le rôle essentiel de l’eau

Les plantes absorbent les nutriments sous forme de solution liquide. En gonflant les cellules, la pression de l’eau assure la rigidité des tiges et des feuilles. Mais les plantes utilisent des quantités d’eau bien supérieures à ce qu’elles stockent dans leurs tissus. Elles sont constamment parcourues par un flux d’eau dont la majeure partie est relâchée dans l’atmosphère par la transpiration. Cette perte d’eau au niveau des feuilles, entraîne la sève vers la cime. Un arbre mature libère à lui seul plusieurs centaines de litres par jour. Combiné à la brise, ce phénomène provoque un rafraîchissement de l’air, comparable à celui d’un climatiseur.

Quand l’eau vient à manquer

Humidifié par la pluie et l’irrigation, le sol agit comme un réservoir où chaque plante puise l’eau dont elle a besoin. Lorsque la quantité d’eau transpirée excède ce qui est disponible, la plante subit un stress hydrique : elle flétrit. Si le manque d’eau persiste, les symptômes pourront évoquer ceux d’une maladie : jaunissement, roussissement, déformation.

Pour limiter les pertes en eau, la plante réagit d’abord en refermant ses stomates, de minuscules pores à la surface des feuilles. Au contact d’un sol sec, les racines émettent une hormone végétale, l’acide abscissique, qui déclenche leur fermeture immédiate. La transpiration est ainsi réduite, mais les échanges gazeux nécessaires à la photosynthèse, notamment l’entrée de CO2, sont également entravés. Tous les processus physiologiques de la plante sont donc mis en veille, jusqu’au retour de l’eau. Si la période de sécheresse se prolonge, certaines plantes sacrifient leurs feuilles pour réduire la transpiration. D’autres suspendent simplement leur croissance et entrent en dormance. C’est le cas de plusieurs graminées à gazons, comme le pâturin du Kentucky (Poa pratensis).

Des plantes économes

Au cours de l’évolution, les plantes se ont adaptées aux milieux arides. L’épiderme végétal sécrète une couche imperméable, la cuticule. Une cuticule particulièrement riche en cire donne à l’épinette du Colorado (Picea pungens glauca) et à certains conifères une couleur bleutée. Pour éviter les écarts de température et la dessiccation, certaines espèces comme l’épiaire laineux (Stachys byzantina) se couvrent même de poils. Réduire la surface d’évaporation est une autre stratégie pour limiter les pertes en eau. C’est ce qui explique le feuillage minuscule du thym serpolet (Thymus serpyllum). De la même façon, la petite taille de l’œillet deltoïde (Dianthus deltoides) lui confère une résistance remarquable à la sécheresse.

feuillage minuscule du thym serpolet (Thymus serpyllum)

La ruée vers l’eau

Pour puiser l’eau dans le sol, les graminées se sont dotées d’un chevelu de racines dense et fibreux. Les racines de certaines espèces plongent à plusieurs mètres de profondeur. Celles des arbres, comme l’érable argenté (Acer saccharinum), courent à la surface du sol sur de grandes distances. La plupart des espèces vivent en symbiose avec des champignons microscopiques, les mycorhizes. Le chêne rouge (Quercus rubra), par exemple, fournit des sucres aux champignons qui se déploient sous terre et augmentent sa capacité à extraire l’eau du sol.

Des réserves utiles

L’eau est emmagasinée dans différentes parties de l’anatomie d’une plante. Abrité sous terre, le tubercule du bégonia tubéreux (Begonia tuberhybrida) constitue une réserve en eau et en énergie. Les parties aériennes sont également mises à contribution. Les tiges et les feuilles de l’orpin d’automne (Hylotelephium spectabile) se gorgent d’eau en prévision des périodes sèches.

orpin d'automne

tiges et feuilles succulentes de l’orpin d’automne (Hylotelephium spectabile)

Prévenir le stress hydrique

Plusieurs espèces ont développé des mécanismes d’adaptation étonnants pour limiter les pertes en eau. Toutefois, ces mécanismes ont une efficacité limitée. Un stress hydrique prolongé cause des dégâts importants, et il rend la plante plus vulnérable aux ravages des maladies et des insectes. Le jardinier peut diminuer ces impacts en préservant l’humidité du sol, mais surtout, en plantant chaque espèce dans un environnement qui lui convient, en termes d’espace, d’ensoleillement et de type de sol. L’arrosage stratégique devient particulièrement important lorsque le climat se dérègle.

7 trucs pour arroser intelligemment

  • Améliorer la rétention en eau du sol en y ajoutant du compost ;
  • conserver l’humidité en couvrant le sol d’un paillis ;
  • regrouper les plantations selon leurs besoins en arrosage ;
  • recueillir l’eau de pluie pour l’arrosage ;
  • arroser tôt le matin, lorsque l’évaporation est moins importante ;
  • arroser moins souvent, mais plus en profondeur ;
  • en période de sécheresse, ne pas tailler et ne pas fertiliser.

Photographies : KingsbraeGarden (license creative commons)

3 réflexions sur “Stress hydrique

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