L’histoire des ruelles

La plupart des grandes villes ont été fondées sur des sites d’une très grande richesse écologique. Les rives et les embouchures des cours d’eau ont souvent été choisies parce que ces emplacements facilitaient le transport des personnes et des marchandises. Peu à peu, l’occupation résidentielle et industrielle a fait disparaître un grand nombre d’espèces végétales et animales. Le milieu urbain, lui-même, occupe de plus en plus d’espace par rapport aux zones rurales.

La ville demeure tout de même un écosystème avec son climat, son hétérogénéité et des perturbations très importantes créées par la présence massive des êtres humains. Les espaces urbains peuvent fournir une grande variété d’habitats pour les plantes et les animaux. Toutefois, les villes ne soutiennent qu’un très petit nombre d’espèces animales et végétales. Cet appauvrissement de la diversité rend les populations animales et végétales plus fragiles face aux insectes et aux maladies. Il prive également les résidents de plusieurs avantages liés à un environnement plus naturel.

La ruelle est un concept importé de l’Angleterre dans la seconde moitié du XIXe siècle. Sa fonction était d’abord utilitaire. Elle servait à la livraison de la glace, du carburant ou du charbon. On y trouvait des écuries et l’entrée des domestiques. Sous le régime britannique (à partir de 1760), la forte croissance démographique de Montréal encourage les promoteurs à acquérir les terres adjacentes la ville. La multiplication des logements oblige les propriétaires à créer des voies de services donnant accès aux cours arrière. Ces voies sont d’abord des portes cochères qui s’ouvrent sur des tunnels entre des bâtiments en rangée qui donnent accès aux cours où l’on retrouve des étables, des dépendances et parfois même quelques logements plus ou moins salubres.

Vers 1890, on assiste à un boum immobilier dans la plupart des quartiers ouvriers. La demande augmente pour les logements locatifs destinés à la classe ouvrière de l’époque. Les promoteurs développent des méthodes de construction rapide et économique permettant de regrouper un grand nombre de logement sur un territoire restreint. Les bâtiments sont orientés sur le sens de la longueur du lot. Pour diminuer les coûts, la porte cochère est graduellement remplacée par un chemin aménagé au fond des cours.

Dans les années 60, l’utilisation de plus en plus répandue de l’automobile entraîne un élargissement de la ruelle qui devient une voie d’accès au stationnement. Depuis la fin des années 70, les autorités municipales encouragent la destruction des hangars et des garages jugé irrécupérables et dangereux par différents programmes d’aide (Tournesol, Place au soleil). Ces constructions font place à des terrasses ou à un arrondissement des cours arrière. De nos jours, la majorité des services publics sont accessibles à partir de la rue : cueillette des ordures, déneigement, accès des véhicules d’urgence. Les ruelles servent parfois de zones de transit entre les rues. La ruelle est souvent perçue comme un lieu malpropre. La fin des années 90 a vu naître un mouvement d’action citoyenne qui avait pour objectif la réappropriation de ces espaces publics par les résidants. À Montréal, depuis 1999, l’éco-quartier Plateau-Mont-Royal a lancé les premiers projets de verdissement des ruelles. L’idée à été reprise dans plusieurs quartiers de la ville de Montréal et de Québec.

Dans une ruelle verte, l’asphalte est retiré sur une surface d’environ 70 mètres carrés pour créer des plates-bandes qui reçoivent plantes vivaces, arbres et arbustes. Les plantes indigènes sont privilégiées. Différents aménagements peuvent compléter les plantations : murales, nichoirs, composteurs. L’augmentation du couvert végétal a un impact important sur la qualité de vie des citadins : il améliore la qualité de l’air et réduit le phénomène des îlots de chaleur urbains. Ces projets favorisent une réappropriation de ces espaces publics entre voisins. La ruelle devient un endroit plus sain, plus sécuritaire et, surtout, plus agréable. Les citoyens participent à toutes les étapes du verdissement et s’engagent à assurer son entretien à long terme.

2 réflexions sur “L’histoire des ruelles

  1. Pingback: Hommage à la petite ruelle | Ta3mam Stramgram – Blog mode and Blabla

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