À l’ombre des haies

Les haies sont tellement intégrées à nos jardins et aux paysages qu’on ne les remarque plus. Pourtant, un alignement d’arbustes bien entretenu sera toujours plus agréable qu’une clôture. Ces enceintes vertes délimitent et habillent les terrains. Elles servent de transition harmonieuse entre les espaces privés, les terres agricoles et les lieux publics. Elles forment un écran verdoyant qui redonne au terrain son intimité. Visuellement, les haies guident et arrêtent le regard. Elles créent du relief dans un paysage plat. Mais leur utilité va bien au-delà de l’esthétique. Les haies ont un impact sur le milieu environnant. Et la plantation de plusieurs arbustes équivaut parfois, à mettre en place tout un écosystème.

Des haies pour freiner le vent

Le rôle de la haie brise-vent est de ralentir les bourrasques et les rafales. Cela permet au sol de s’échauffer plus rapidement au printemps. Le taux d’humidité est plus élevé dans les zones ainsi protégées. Les plantes qui y poussent perdent moins d’eau et requièrent donc moins d’arrosage. Cette zone abritée est appelée un microclimat. Les conditions y sont plus propices à l’horticulture. Pendant la saison estivale, la température peut y être plus chaude de quelques degrés. Et en hiver, la couverture de neige y est plus uniforme. C’est l’endroit idéal pour cultiver les plantes fragiles, celles qui sont à la limite de leur rusticité. Un autre avantage de la diminution du vent est de limiter l’érosion éolienne. En arrêtant le vent, la présence de la haie freine la circulation des poussières et des odeurs. Une haie brise-vent, bien située par rapport à une résidence, peut même diminuer ses frais de chauffage de 10 à 15 %. De plus, lors de fortes précipitations, la plantation d’une haie peut réduire l’érosion hydraulique et capter les surplus de fertilisants.

La porosité d’une haie est sa capacité à laisser passer une partie des vents. Celles qui sont dotées d’une porosité d’environ 50 % sont les plus efficaces. Une haie très dense crée des turbulences importantes qui peuvent avoir un effet contraire à celui qui est désiré. Les thuyas bien taillés, par exemple, offrent trop de résistance aux vents. Ils ne protègent le terrain que sur une distance équivalant à deux fois leurs hauteurs. Une haie poreuse protège une distance équivalant à 10 fois sa hauteur. Les arbustes feuillus et les mélanges de feuillus et de conifères créent des haies ayant une bonne porosité. Idéalement, la haie brise-vent sera perpendiculaire aux vents dominants. Mais une haie à 45º sera quand même efficace. Il faut prévoir une longueur suffisante pour que la zone à protéger ne soit pas affectée par les turbulences qui se formeront inévitablement aux deux extrémités.

Une fonction écologique

La haie est un milieu de vie intéressant pour de nombreuses espèces animales utiles. En milieu rural, les plus vastes peuvent abriter de grands prédateurs comme le renard ou la chouette. Ces chasseurs débarrassent les environs des rongeurs. Même les haies les plus simples accueillent des insectes prédateurs qui se nourrissent d’un grand nombre d’insectes nuisibles. Les haies ont donc un effet protecteur contre les invasions des ravageurs. Elles sont peu fréquentées par les oiseaux s’attaquant aux récoltes, comme le carouge à épaulettes. Elles abritent, par contre, plusieurs oiseaux insectivores comme le merle ou le bruant chanteur. Les rongeurs préfèrent les lieux ouverts comme les champs ou le gazon. En fait, Plus la haie est composée de plantes diversifiées ; plus le nombre d’espèces utiles y est élevé. Les haies peuvent également servir de couloir de migration ou d’escales pour la faune. Elles deviennent ainsi un pont entre les boisés des alentours. Bref, les haies sont un moyen simple de favoriser la biodiversité et d’instaurer un équilibre écologique dans le jardin.

À chacun sa haie

Haie formelle :

La haie formelle est celle que l’on taille régulièrement afin de lui donner une forme nette. Afin que toutes les parties des arbustes reçoivent leur part d’ensoleillement, on doit tailler de manière à ce que la haie soit légèrement plus large à la base et plus étroite au sommet. Il est également utile d’arrondir les angles. L’entretien des haies formelles demande un travail régulier. Le thuya, par exemple, (Thuja occidentalis) doit être taillé chaque année à la mi-juin. Il exige des arrosages fréquents au cours des premières années. Lors de la taille, il faut éviter d’élaguer le vieux bois, car celui-ci ne se renouvelle plus. Le caragana (Caragana arborescens) est très résistant aux conditions difficiles. Il peut être taillé juste après sa floraison qui a lieu en mai.

Haie libre :

La haie libre est celle où les végétaux poussent librement et conservent une forme naturelle. Elles donnent au jardin une atmosphère décontractée et champêtre. On peut y retrouver une, ou plusieurs espèces. Les arbustes utilisés y sont souvent plus fleuris, puisque la taille ne limite pas la floraison. Le sureau du Canada (Sambucus canadensis) crée des écrans de grandes dimensions. Le fusain ailé (Euonymus alatus) tourne à l’écarlate à l’automne. Le saule arctique (Salix purpurea ‘Gracilis’) n’a pas son pareil pour donner de la légèreté au jardin. Les lilas, les spirées et les rosiers peuvent aussi être utilisés. Au moment de choisir un arbuste, il faut tenir compte de sa dimension à maturité afin que son développement ne gêne pas les constructions et les fils électriques.

Haie arborée :

Un boisé étroit et dense est formé par la réunion des arbres et des arbustes. C’est la haie la plus efficace pour freiner le vent. Elle exige cependant un espace important. Le mélèze (Larix laricina) le pin blanc (pinus strobus) ont une croissance rapide et un port majestueux. Le frêne (Fraxinus pennsylvanica) et l’argousier (Hippophae rhamnoides) s’adaptent aux conditions difficiles. Ces arbres feuillus et ces conifères peuvent être associés à des arbustes de plus petite taille afin de ne pas laisser d’ouverture à la base des arbres.

Haie herbacée :

Les plantes vivaces de grande taille peuvent être utilisées pour créer des haies et des écrans temporaires ou saisonniers. Comme il est possible de les rabattre au sol à l’automne, elles ne sont pas incommodées par les travaux de déneigement. Le roseau de Chine (Miscanthus sinensis) forme un écran ondoyant très original. L’eupatoire (Eupatorium maculatum) porte ses fleurs vieux rose à plus d’un mètre de hauteur, elle affectionne les lieux humides. La persicaire (Polygonum polymorphum) est une plante vigoureuse sans être trop envahissantes. Ces fleurs blanc crème s’épanouissent à partir de la fin juin et répandent un délicieux parfum de miel.

Extrait d’un texte publié dans un cahier spécial du Courrier de Saint-Hyacinthe au printemps 2005. Les renseignements fournis étaient à jour au moment de la publication.

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