Le silence des abeilles

Prenez part au sauvetage des pollinisateurs : abeilles, bourdons et papillons.
En 2007, la vie de plusieurs apiculteurs a tourné au cauchemar : des millions d’abeilles se sont mis à disparaître subitement, sans laisser de traces. Les scientifiques ont baptisé le phénomène « syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles » ou CCD (de l’anglais Colony Collapse Disorder). Ses causes demeurent toujours inexpliquées.

Nichoir à insecte

Nichoirs à insectes, photo : sav-überlingen.de

De nombreuses théories ont été proposées pour expliquer l’hécatombe. On a, entre autres, soupçonné les ondes des téléphones cellulaires qui affecteraient le système de navigation des abeilles. Des théories plus plausibles remettent en cause l’usage intensif des pesticides. Des chercheurs ont récemment identifié un virus présent dans les colonies d’abeilles atteintes du syndrome, l’IAPV (Israeli Acute Paralysis Virus). Mais ils n’ont pu démontrer, hors de tout doute, que le virus était la cause de l’effondrement. L’estimation des dommages varie selon les chercheurs, mais on sait qu’en 2007, le syndrome de l’effondrement des colonies a fait disparaître entre 60 et 90 % des colonies d’abeilles au Canada, soit environ 1,5 million de ruches. Et le déclin se poursuit.

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Apis mellifera

L’abeille domestique (du genre Apis) est une espèce non indigène d’une importance capitale pour l’agriculture. Les colonies d’abeilles sont transportées à travers toute l’Amérique du Nord pour polliniser les fleurs et assurer la productivité des cultures. Aux États-Unis seulement, la valeur économique du travail des abeilles est estimée à plus de 14 billions de dollars annuellement. Près d’un tiers de l’approvisionnement alimentaire des Nord-Américains provient de plantes qui dépendent directement des pollinisateurs. La crise vécue par les apiculteurs ne doit pas nous faire oublier le déclin des populations d’insectes indigènes. « Nous sommes en train de perdre certaines espèces d’abeilles sauvages », affirme Peter Kevan, professeur de l’Université Guelph, expert en botanique et en entomologie.

Deux des bourdons les plus communs de l’est du Canada semblent être en déclin massif et pourraient même avoir déjà disparu dans plusieurs habitats. Sheila Colla, étudiante au doctorat à l’Université York, étudie les populations de bourdons indigènes (Bombus spp.). « Plusieurs espèces d’abeilles dans le sud de l’Ontario ont connu un déclin marqué au cours des 30 dernières années », dit-elle. Ses découvertes confirment les conclusions d’un rapport américain de L’Academy of Sciences, paru en 2006 : la tendance est au déclin chez plusieurs espèces d’abeilles sauvages (notamment les bourdons) ainsi que chez les papillons, les colibris et les chauves-souris.

Partout dans le monde, les insectes pollinisateurs (plus de 1 000 espèces au Canada) sont désormais soumis à des stress importants. Stephen Buchmann et Gary Nabhan ont documenté l’impact du stress sur les pollinisateurs dans leur livre The Forgotten Pollinators. Le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles domestique a attiré notre attention, mais ce n’est peut-être que la pointe de l’iceberg.

Pour Peter Kevan, de l’Université Guelph, notre façon d’occuper le territoire fait partie du problème. L’utilisation des pesticides en milieu urbain et la perte des habitats naturels ont un impact sur les pollinisateurs. Et c’est sur ce point que les jardiniers peuvent faire une différence. « Les jardiniers peuvent participer au sauvetage des insectes pollinisateur en cultivant des espèces indigènes et en bannissant les pesticides » affirme Rachel Pltokin, analyste des politiques sur la biodiversité à la Fondation David Suzuki. Bob Wildfong, de l’organisme Semences du patrimoine Canada, un organisme sans buts lucratifs de conservation des plantes patrimoniales, souligne l’importance de créer des habitats accueillants pour les pollinisateurs. « Si vous désirez un jardin en santé, spécialement si vous cultivez des légumes, vous avez besoin des insectes. La meilleure façon de s’assurer de la présence des pollinisateurs est de choisir les fleurs qui fleuriront pendant toute la saison. » Le jardinier doit donc planifier les floraisons de manière à ce qu’elles s’échelonnent du printemps jusqu’à l’automne.

« Planter une profusion de fleurs nectarifères qui attireront les pollinisateurs (incluant les colibris) est important, mais ce n’est qu’une partie de la solution. Il ne suffit pas de leur offrir des points de ravitaillement. Il est primordial de recréer un écosystème viable et fonctionnel dans lequel les insectes pollinisateurs pourront s’intégrer. » Pour Rachel Plotkin, il est essentiel de ramener la diversité dans nos aménagements paysagers. Elle estime que le gazon est un affront à la biodiversité. Elle plaide pour des jardins où les interactions entre les plantes, les animaux, le sol et les micro-organismes recréent des écosystèmes naturels.

Partageant ce point de vue, la municipalité de Guelph, en Ontario a créé le premier parc public au monde conçu spécifiquement pour les insectes pollinisateurs, le Pollinator Park. Les 100 hectares d’un ancien site d’enfouissement désaffecté ont été transformés en prairie (l’habitat de prédilection des insectes pollinisateurs). Les plantes ont été soigneusement sélectionnées pour attirer les insectes. Le projet est ambitieux. « C’est l’occasion de sensibiliser le public tout en prenant soin de l’environnement » explique Jyoti Pathak qui a supervisé le projet, « cet ancien dépotoir transformé en terre d’accueil pour les pollinisateurs et les oiseaux deviendra un modèle, partout dans le monde. »

Adieux aux parfums

Les êtres humains ne sont pas les seuls à ne plus remarquer le parfum des roses. Des chercheurs de l’Université de Virginie ont découvert que la pollution atmosphérique peut diminuer considérablement le parfum des fleurs et ainsi entraver le travail des pollinisateurs qui dénichent les floraisons en remontant les pistes de leur parfum. Cette diminution pourrait avoir contribué au déclin des populations d’insectes pollinisateurs, en particulier celui des abeilles, qui se nourrissent principalement de nectar.

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Rosa x ‘Super Star’, Wikimédia

L’étude publiée en 2008 révèle qu’à une époque moins polluée, au XIXe siècle par exemple, les molécules des parfums d’une fleur pouvaient être dispersées dans un rayon de 1 200 mètres. De nos jours, dans un environnement pollué, le parfum n’est plus perceptible qu’à 200 ou 300 mètres, ce qui rend difficile le travail des pollinisateurs. José D. Fuentes, professeur et co-auteur de l’étude, estime que 90 % des parfums floraux ont disparu avec l’arrivée de l’automobile et des industries lourdes.

Ce que vous pouvez faire pour les pollinisateurs :

  • Plantez une diversité de plantes dont les floraisons s’échelonnent du printemps à l’automne.
  • Intégrez les plantes indigènes à vos plantations.
  • Bannissez l’utilisation des pesticides.
  • Incluez des plantes hôtes qui nourriront les chenilles (exemple : asclépiade, centaurée, origan).
  • Joignez-vous à l’organisme Pollinisation Canada, un projet citoyen d’observation des insectes pollinisateurs.
  • N’ayez pas peur d’inviter les abeilles dans votre jardin. Contrairement aux guêpes, les abeilles sont paisibles et rarement agressives. Voici quelques idées de nichoirs pour pollinisateurs et insectes utiles.

Des plantes pour nourrir les pollinisateurs

Printemps

  • Amélanchier (Amelanchier spp.) Zone 2
  • Cornouiller (Cornus spp.) Zone 2
  • Fraise des champs (Fragaria virginiana) Zone 3
  • Géranium tacheté (Geranium maculatum) Zone 4
  • Mahonie à feuilles de houx (Mahonia aquifolium) Zone 5
  • Groseilles (Ribes sanguineum) Zone 6
  • Violette du Canada (Viola canadensis) Zone 4

Été et automne

  • Hysope géante (Agastache scrophulariifolia) Zone 5
  • Tournesol (Helianthus spp.)
  • Liatride à épis (Liatris spicata) Zone 4
  • Monarde fistuleuse (Monarda fistulosa) Zone 4
  • Rudbeckie hérissée (Rudbeckia hirta) Zone 3
  • Orpin spatulé (Sedum spathulifolium) Zone 6
  • Verge d’or rigide (Solidago rigida) Zone
  • Véronique de Virginie (Veronicastrum virginicum) Zone 3

Texte : Lorraine Johnson
Adaptation française : Pierre-Yves Comtois
Cet article est d’abord paru en 2010 dans Fleurs Plantes Jardins

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